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korydwenn lafée

korydwenn lafée

Venez trouver ici un peu de mythologie .... Un peu d'art et de féérie...

Publié le par Caroline/Korydwenn

Texte original de Caroline Romain/KorydwennLafée, copyright 2012. Texte protégé.


La dernière étincelle.


Depuis des temps si anciens que nul être humain ne peut les comprendre ou même les imaginer, la Magie a fait naître des mondes et des univers et les parcourt comme une onde pour faire exploser la vie ça et là, au hasard...

Et un jour, c'est sur la Terre que la Magie prit racine. Elle éclata joyeusement comme un millier de bulles de savon et se répandit partout sur la petite planète. Elle creusa les volcans, déchaîna leur feu et fit jaillir l'eau qui recouvrit en grande partie le caillou autrefois stérile. Il plut longtemps, très longtemps, rendant les terres et les eaux fertiles ; et tout devint vert, bleu, air et feu.

Alors la Magie grandit et prit une nouvelle forme. Elle se différencia en quatre êtres incroyables, dotés de pouvoirs encore plus grands, mais surtout d'une conscience naissante. Ils avaient des pensées, des désirs et des rêves. Chacun avait choisi une tâche et concentrait sa magie dessus, ils étaient l'Eau, le Feu, la Terre et l'Air. Chacun rivalisait de créativité vis-à-vis des autres et rendait chaque jour la Terre plus belle et plus vivante. L'Eau fit naître la vie animale au fond de ses océans… Elle les fit grandir et évoluer jusqu'à ce que la Terre, jalouse, les attire à la surface, puis hors des mers, et les transforme en créatures terrestres. L'Air ne pouvait en rester là, et il attira leur attention vers les cieux et des ailes pour les découvrir. Le Feu, lui, crachait sur la Terre et dans l’Eau, il obscurcissait les cieux, colérique... Mais, au creux de ses volcans, il savait aussi créer de magnifiques gemmes étincelantes.
Cependant, le plus clair de leur temps, les quatre Elémentalistes admiraient leurs créations et la vie qui prenait ses propres chemins. Ils découvraient de nouveaux sentiments en regardant les animaux naître, grandir, s'aimer, procréer...et donner naissance à la Vie, par eux-mêmes, de leur propre magie. Eux aussi voulurent connaître ce qui semblait être la plus merveilleuse chose qui soit. Ils commencèrent alors à communiquer différemment entre eux. Jusque-là, ils se transmettaient des pensées en connexion directe, sans un mot échangé. Ils se mirent soudain à chuchoter des sons doux et mélodieux portés par les vents et les vagues. Des chants repris par les oiseaux, puis les poissons, et qui rebondissaient sur la Terre, faisant vibrer toutes les créatures. Et de ces mélopées enivrantes naquirent des nouvelles créatures : cent créatures émergeant des eaux et des terres, et même du fond des volcans ou des cieux majestueux. Elles étaient la magie de la nature elle-même, associée à la magie des quatre Elémentalistes, mais aussi à tous leurs rêves, leurs désirs et leurs émotions. Ces êtres nouveaux étaient dotés de grands pouvoirs et de l'immortalité ; ils étaient joyeux et curieux de tout... Ils étaient jeunes et pleins de vie ! Ils firent évoluer à leur tour les créatures primaires, grâce à leur amour débordant de la Vie. Voyant comment leurs disciples étaient doués, les quatre Elémentalistes, fatigués d'avoir tant accompli, s'endormirent... Mais leurs élèves n’étaient pas encore prêts et une longue nuit s'abattit finalement sur la planète... Et de nombreuses espèces primaires ou plus évoluées disparurent.

Mais la lumière revint peu à peu … Une petite souris frôla une pierre levée bien étrange, et celle-ci prit vie sous ses yeux ébahis. Le premier des cent mages s’était éveillé. Il sentit la chaleur et la lumière sur son tout nouveau corps : il avait deux membres inférieurs, deux membres supérieurs dotés de mains et de doigts qu'il admirait. Il sentait l'herbe fraîche sous ses pieds et la vie grouillait sous sa main quand il frôlait un tronc. Il pouvait sentir tous les parfums de ce Monde renaissant et il était ébloui par les rayons du soleil. Encore une fois, la Magie avait opéré par elle-même : cette Terre voulait vivre et prospérer. Alors, le Mage eut envie de crier sa joie et il se mit à chanter si fort, qu'il réveilla tous les Autres, endormis à travers le Monde. Et tous se retrouvèrent dans la joie et l'allégresse, découvrant leur aspect inédit, ainsi que leurs nouvelles capacités. Une intense ivresse s'empara d'eux face à cet émerveillement et ils dansèrent, rirent et chantèrent encore et encore. La Magie émanait si fort d'eux, qu'un immense éclat de lumière parcourut toute la surface du globe : une vague d'évolution déferlante qui donna naissance à l'Homme !

Quand les Mages eurent enfin fini de danser et de chanter, ils découvrirent la présence des êtres humains, qui semblaient tant leur ressembler. Ils avaient la même curiosité, la même créativité et une intelligence certaine, sans parler du fait qu'ils étaient à leur image. Les Magiciens devinrent hommes et femmes, elfes, fées, mages ou dieux, parmi les êtres humains. Ils les guidaient, partageaient leur Magie, ils étaient aussi leurs sorciers, leurs chamans... leurs guides pour aimer et respecter ce Monde... Mais ils avaient trop donné à cette espèce trop jeune ! L'Homme, par son arrogance et sa cupidité, choisit de détruire ses Dieux, de brûler ses sorciers et sorcières, de ne plus suivre ses chamans... Il créa de nouveaux Dieux sanguinaires et vengeurs, tout puissants et Il s'érigea en représentant de ces Dieux sur Terre. Il nia la Magie en toute chose. Les civilisations se sont faites et défaites, l'Homme martyrisant son prochain, sous les yeux anéantis des anciens Mages. Certains furent même détruits par ces créatures, pourtant mortelles. Ils ne riaient plus, ne chantaient plus, ne jouaient plus et leur Magie s'amenuisait avec le temps, tant Ils étaient honteux d'avoir, par mégarde, donné vie à de telles créatures et de les avoir rendues si puissantes. Ils s'enfoncèrent au plus profond des forêts, loin des êtres humains, plus proches de la nature et des bêtes que les hommes disaient « sauvages ». Ils se cachèrent dans des lieux mystérieux et magiques, qu'ils dissimulèrent à tout jamais aux yeux des humains, tels Avalon, Ys ou l'Atlantide. Mais une fois passés de l'Autre côté, Ils ne pouvaient en revenir, abandonnant à tout jamais ce Monde où Ils étaient nés.

Un tout petit nombre est pourtant resté auprès des hommes, espérant malgré tout que cette espèce trouve le bon chemin... Un nombre qui a continué à s'amenuiser au fil des siècles...
Nous n'étions plus que six ces derniers temps … Si peu !... Et aujourd'hui, je crois qu'il ne reste plus que moi. J'ai senti leurs lumières s'éteindre au cours de ces dernières années. Ont-ils rejoint nos terres immortelles ? Ou ont-ils été détruits par la folie des hommes ?
Tout ce que je sais, c'est que je ne peux plus rien pour ce Monde, et que je dois garder ce qui me reste de Magie pour ouvrir un « passage »... une dernière fois. J'ai longtemps marché, très longtemps, restant à distance de toute humanité, cherchant un dernier portail magique sur cette Terre trop réaliste... Et un jour, enfin, j'ai senti la Magie vibrer à nouveau en moi, j’ai su alors que je l'avais trouvé ! Me voilà donc au seuil d'une autre dimension. Que trouverai-je de l'autre côté ? Devant ces arbres anciens et majestueux, aux troncs noueux, ces rais de lumière au travers du feuillage dense, cette mousse épaisse à mes pieds et ce chemin clair-obscur, face à cette nature extraordinaire, si petite, je médite un instant...

Je repense à mon existence si longue ici. Ce sont les petits des hommes qui m'ont retenue plus longtemps. Eux croyaient en nous, en moi, et m'appelaient « fée » dans leurs prières et leurs rêves. Parfois, je pouvais leur apparaître pour leur donner un peu d'espoir, mais ma Magie ne pouvait guère leur apporter plus qu'un instant de fantaisie. Et il y avait tant d'enfants malheureux, meurtris ou perdus, que je ne pouvais pas tous les aider...

Certains hommes et femmes aussi m'ont retenue : les Artistes, qui voient le Monde avec d'autres yeux... Ceux-là auraient pu changer les choses, car ils savaient que tout pouvait être différent. Ils sentaient notre présence, parce qu’au plus profond de leur être, subsistait une part de la Magie originelle. Ils nous appelaient « Muses »... Et je guidais parfois leurs plumes ou leurs pinceaux. Je leur montrais en rêve des endroits extraordinaires ou des êtres incroyables, venant de la grande mémoire de la Magie universelle... les autres Mondes nés de cette Magie. Tout comme les prières des enfants, les créations des artistes me redonnaient un peu de vie et de joie... Mais aujourd'hui, je suis si lasse ! Alors que nous sommes au 21ème siècle et que le fantastique n'a jamais fait autant recette, la vraie Magie va disparaître. Les hommes y croient sans y croire, et je perds mes forces devant ces peuples si barbares, superficiels et irrespectueux des dons qui leur ont été faits. Une fois cette forêt traversée, ce passage se refermera sur la dernière étincelle de ce qui a donné vie à tout ici bas …
Alors, une douce mélopée m'enveloppe... Qu'est ce donc ? Chercherais-je encore un prétexte pour retarder mon départ ? Au travers de la brume épaisse qui protège le chemin, je distingue une colline ensoleillée et un gros chêne. Au pied de celui-ci, un jeune homme joue de la harpe. C'est une musique ancienne...Si ancienne !... Elle me rappelle les feux de Beltane, le grand Mage Cernunos et l'amour qui régnait dans ces temps-là... Je sens le feu qui brûle en moi, le vent dans mes longs cheveux noirs, la terre sous mes pieds, et j'entends l'eau qui coule en dessous … Je regarde encore le jeune homme, et je ne peux résister à l'envie de m'approcher de lui. Sous l'apparence d'un papillon, je volette jusqu'à un buisson, à quelques pas de lui. La musique est enivrante et il me rappelle un barde des temps anciens que j'avais un moment aimé : ses longs cheveux dorés, sa barbe naissante et ses grands yeux bleus … Je viens me poser sur son épaule et je sens cette odeur de feuillage humide ; alors je lui chuchote les anciennes paroles de cette balade, qu'il entonne à son tour, accompagné de sa harpe.
Soudain, la musique cesse et l'homme se lève ! Je m'envole et me pose sur une branche au-dessus de lui.

« Y a-t’il encore un peu de magie dans ce monde ? Ou sommes-nous tous perdus ? », crie-t’il alors.

« Je voudrais tellement croire encore en quelque chose … Nous en avons tellement besoin !... ». Il tombe à genoux et se met à pleurer...

Et sur ma branche, je me demande :
« En vaut-il la peine ? En valent-ils encore la peine ? »
Je le regarde encore ... et je vois au loin la brume épaisse qui m'appelle...

FIN

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Erxalion 11/04/2013 21:25

Ce texte est vraiment fabuleux ! J'ai faillit croire en cette vision des origines de notre monde qui est vraiment très bien pensée et narrée. Bien entendu, j'ai tout de suite pensé au Silmarillion, lors des premiers âges qui furent les plus heureux avant la folie de Melkor. ici, dans ce conte, ce sont les hommes qui renversent la joie et la magie de notre monde, et quand on s'intéresse à notre histoire, on ne peut que confirmer les faits de ton conte tellement ils résonnent vrai. Du moins, on aimerait tellement croire en cela, que des mages puissent éventuellement encore nous regarder, tout en espérant que le monde change, que ces sombres heures s'adoucissent. Je suis impatient à l'idée de lire ton recueil ! Félicitations !

Korydwenn 10/10/2013 10:28

Je ne sais pas pourquoi, mais je n'avais pas reçu de notification pour votre commentaire ..du coup, je le découvre seulement ... Mille mercis pour vos compliments, ça me donne envie de continuer bien que j'ai perdu l'inspiration pendant quelques temps ...

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